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2007-07-11

070711

La prescience de Cioran

cioran

"On ne peut pas vivre sans mobiles. Je n'ai plus de mobiles, et je vis."

Emil Cioran, De l'inconvénient d'être né, 1973

2007-07-02

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"(...) dans de vieux papiers, je retrouve la composition de l'équipe de deuxième division de mon collège, qui (le 21 novembre 1943) dut s'incliner sur le score honorable de 3 à 1 devant celle de la première, et - en hommage à tous les anonymes - je me permets d'apporter cette modeste contribution sentimentale à l'histoire du sport. Il y avait à l'avant Le Moigne, Carles, Habert, Thomasset et Stoullig la flèche de l'aile gauche, aux longilignes mollets d'acier; comme demis Pinçon, Prieur et de Villeneuve; Tassard et Bailleul à l'arrière; enfin moi dans les bois selon une expression consacrée. Au retour par le crépuscule gris, j'ai certainement comme d'habitude ramassé de ces petites poires âcres et dures dont le goût imprégnait mes dimanches d'un bout à l'autre un peu mystique, depuis la messe au point du jour jusqu'à l'apaisement des Complies, en passant par un pré normand environné de nuages." (in "L'homme des bois")

"Entre-temps la nuit précoce d'avril était tombée, il y traînait un écarlate usé de vieux étendards. Certains coins me rappelaient Prague ou bien le baroque plus austère de Rome, quand l'obscurité se fait théâtralement déserte autour du Panthéon. C'est alors que me soutient l'attente d'une rencontre (mais je ne rencontre rien) et que la solitude m'étrangle au point de me rendre aphone, fauve, terrorisé par les endroits brillants et tièdes où se tassent les gens. (in "Le siège de Vienne")

"En société, je sais bien ce qui me condamne à être de plus en plus muet. Sans doute ai-je plus que certains conscience de n'avoir pas grand-chose à dire, mais même lorsque j'énonce une chose intéressante (qui me semble intéressante, à moi), on dirait que personne ne m'écoute. Par conséquent je me tais. C'est une situation encore plus pénible et légèrement avilissante dans le tête-à-tête. J'ai souvent l'impression de m'exprimer dans une langue que l'autre ne comprend pas. Alors je m'efforce de parler la sienne aussi exactement que possible, et j'ai de bonnes raisons de croire que j'y parviens." (in "Le chat de Budapest")

 

Jacques Réda, L'herbe des talus

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