"Plus que tout peut-être, il songea qu' il aimait de l' Océan en été ce que la Méditerranée n' a jamais - et que l' Atlantique n' atteint qu' à certains jours privilégiés sur les plages qui regardent vers l' ouest - cette heure de fête rapide et menacée, aussi précieuse, aussi passagère que le rayon vert, qu' il appelait la gloire des plages. La marée montante et presque étale, avec cette exaspération de son tonnerre sur le sable ferme, qu' on lui voit à ce moment-là, ces derniers coups de bélier plus rageurs contre un obstacle qui se durcit. Le sable rétréci - rien qu' une mince lisière assiégée - où la foule des baigneurs se bouscule et se piétine presque avec ces gestes des bras levés qu' on voit aux bords du Gange, ou chez les adorateurs du soleil. Le globe ébloui qui descend en face (...)."
Julien Gracq, La presqu'île, José Corti, 1970